On a dressé des hommes comme des structures antisismiques
Âmes en béton armé, émotions sous plastique
On nous veut stables, droits, rentables, statistiques
Pas humains, pas sensibles, pas réalistes
Un homme battu devient une anomalie
Un homme violé, un bug dans la théorie
Parce qu’un mâle ça veut, ça prend, ça domine
Même quand le corps gèle pis que l’esprit démissionne
On m’a appris à porter la faute avant la plaie
À m’excuser d’avoir saigné sur le plancher
À croire que tomber, c’était déjà trahir
Que flancher faisait de moi le coupable à punir
La société veut des moteurs, pas des cœurs
Des dos larges, des mâchoires serrées, des heures
Un homme brisé, ça scrap le décor
Faque on le drogue, on le juge ou on l’ignore
Quand une femme chute, y’a des numéros d’urgence
Des portes ouvertes, des mains tendues, de la présence
Quand un homme chute, y’a un verre, un joint, un silence
Pis un “sois fort” lancé comme une sentence
On anesthésie la mémoire à coups d’alcool
On fume pour dissoudre les images qui collent
On sourit clean pendant que le crâne déborde
Autodestruction lente, socialement conforme
On devient des bombes empaquetées sous pression
Des émotions compactées en caissons
Pis quand ça pète, ils parlent de violence
Sans jamais nommer l’abandon en amont
On nous a jamais montré comment demander secours
Juste comment tenir même quand ça fait trop lourd
Un homme qui parle devient suspect
Un homme qui pleure devient instable, à isoler
On féminise la douleur pour la discréditer
On masculinise la rage pour la légitimer
Résultat : des gars pris entre deux fantômes
La sensibilité punie, la dureté qui les dévore
Un homme violé doit prouver qu’il résistait
Un homme battu doit prouver qu’il méritait
Un homme en détresse doit prouver qu’il est safe
Avant d’avoir le droit d’être enfin aidé
On porte nos traumas comme des dossiers classifiés
Cryptés sous la peau, jamais déclassifiés
Chaque nuit un tribunal dans la tête
Où l’accusé, le juge pis la peine, c’est la même personne complète
Faque on se tait, on encaisse, on intériorise
On devient le problème qu’on voulait pas devenir
Parce que c’est plus simple pour le système
Que d’admettre qu’il sacrifie ses hommes en silence
J’suis pas une statistique ni un cas isolé
J’suis le produit brut d’une force mal enseignée
Si ma voix tremble, c’est pas une faiblesse qui sort
C’est la preuve que j’suis vivant dans un moule qui tue à mort
Si je parle aujourd’hui, c’est pas pour qu’on me plaigne
C’est pour fissurer le mythe avant qu’il nous saigne
Parce que les hommes saignent aussi, mais à huis clos
Pis le silence…
c’est la violence la plus rentable du lot.