On a tous un endroit en dedans
où le bruit du passé parle plus fort que nos projets.
Un endroit où on apprend à tenir
avant même d’apprendre à rêver.
On a grandi sans notice, entre des murs trop bavards,
Des peurs en héritage, des silences en retard.
On nous a mis le poids des grands avant l’âge des genoux sales,
Appris l’amour de travers, la dignité en cavale.
On a serré des mains vides en promettant trop fort,
À force de vouloir sauver, on s’est noyé dedans encore.
Sourires en façade, armures émotionnelles,
Silences bien rangés, douleurs traditionnelles.
On portait leurs tempêtes pour qu’ils gardent le ciel bleu,
En oubliant nos orages, en s’effaçant peu à peu.
On avance quand même, même le cœur fissuré,
On tombe debout, on apprend à respirer.
Quand la nuit s’éternise et que le doute nous entoure,
On se reconstruit en silence, nuit après jour.
Y’a des nuits où le plafond connaît mieux nos prénoms,
Où la honte s’assoit à table avec nos questions.
On a connu le froid qui traverse les murs,
Les lendemains sans issue, les espoirs en fracture.
On s’est perdus parfois dans des bras mal accordés,
À chercher de la chaleur dans des miroirs fêlés.
Chaque chute a sculpté la carte intérieure,
Chaque perte a appris la valeur de l’erreur.
On comprend tard que le respect, c’est rester droit
Quand même la chaise abandonne sous le poids.
On a marché sans boussole, sans voix qui rassure,
Chaque pas une prière lancée dans le murmure.
On a brisé des murs pour voir ce qui tenait,
Découvert sous les ruines un socle imparfait.
Être fort, c’est parfois accepter la fatigue,
S’asseoir avec sa peur sans la rendre hostile.
On avance quand même, même le cœur fissuré,
On tombe debout, on apprend à respirer.
Quand la nuit s’éternise et que le doute nous entoure,
On se reconstruit en silence, nuit après jour.
On vient pas d’un conte propre, on vient d’un chaos commun,
Qu’on essaie d’ordonner à force de demain.
Chaque barrière brisée devient un point d’appui,
Le passé fait fondation, pas une corde qui lie.
On fait des rêves lourds, mais des matins lucides,
On polit nos erreurs pour en faire des guides.
On trébuche encore souvent sur les mêmes détours,
On tombe sur nos limites, on négocie avec les jours.
On doute de nos forces, on teste notre foi,
On apprend à rester vrai quand tout tremble en soi.
On garde une étincelle même quand tout semble sourd,
Un reste de lumière au fond des jours trop courts.
On avance sans promesse, sans héros, sans détour,
Juste avec l’envie simple de tenir jusqu’au jour.
On n’est pas parfaits, mais on reste debout,
Et parfois ça suffit pour changer le bout du bout.
Tant que le cœur bat, la route existe.
Et personne ne marche à ta place.