Depuis l’enfance, je me suis sentie comme un oiseau né dans une maison où personne ne savait que les ailes existaient. Au lieu d’apprendre à voler, j’ai appris à me faire petite, à rentrer la tête sous mes plumes pour survivre. Les insultes et humiliations résonnaient comme des coups de tonnerre là où je cherchais juste un peu de douceur. À chaque critique, c’était une plume en moins, un ciel qui s’éloignait.
La violence a frappé mon corps trop jeune : coups, morsures, humiliations publiques, douches froides, punitions absurdes. Mon corps n’était pas protégé, il était exposé, traversé, traité comme un objet. Même mon intimité n’était pas un refuge ; des gestes imposés ont ouvert des brèches silencieuses qui m’ont appris la peur plutôt que la confiance.
La pression d’être parfaite, de correspondre à une image, m’a enfermée dans une cage invisible. Les absences de ma mère ont été des chutes du nid, laissant une enfant fragile sans douceur pour la recueillir. Avec mes sœurs, la violence est devenue un langage : moqueries, rires, humiliations. Ma souffrance n’était pas entendue, seulement observée.
Ce soir
je n’ai pas de solution miracle dans les poches
pas de phrase magique
pas de bouton reset.
Ce soir
j’ai juste une vérité nue :
ça fait trop de bruit dans ma tête
et pas assez d’espace dans ma poitrine.
Je souris en société
je dis “ça va”
je dis “je suis fatiguée”
comme on met un pansement sur une fracture
parce que dire la vérité
ça ferait exploser la pièce.
À l’intérieur
c’est une tempête sans météo
des images qui s’imposent
des pensées qui cognent
comme si mon cerveau avait oublié le mot “pause”.
Je suis fatiguée de lutter
fatiguée de faire semblant d’aller mieux
fatiguée de devoir guérir vite
pour rassurer tout le monde
sauf moi.
La colère monte
pas élégante
pas calme
une colère brute
qui voudrait hurler, casser, sortir par les poings
mais qui reste coincée
alors elle brûle de l’intérieur.
Et on appelle ça “tenir”.
Mais écoute-moi bien.
Tenir,
ce n’est pas être faible.
Tenir,
c’est déjà un acte de courage.
Ce soir
je ne promets pas d’aller bien
je promets juste de rester
encore un instant
encore une respiration
encore un battement.
Je laisse passer la vague
sans lui demander de disparaître
je m’accroche à ce qui existe encore :
un sol sous mes pieds
de l’air dans mes poumons
quelqu’un, quelque part,
qui peut m’entendre.
Je n’ai pas besoin d’avoir envie de guérir
j’ai juste besoin
de ne pas être seule
avec ce chaos.
Alors je parle.
Même mal.
Même en pleurant.
Même en tremblant.
Parce que demander de l’aide
ce n’est pas abandonner
c’est refuser de disparaître en silence.
Et peut-être que demain
ce ne sera pas lumineux
mais ce sera un peu moins étroit.
Et ce soir,
ça suffit.