Il y a des soirs où le silence me parle comme un vieux frère,
Il me rappelle l’époque où j’apprenais à tenir sans repères.
On a tous laissé une version de nous sur le bord de la route,
Un gamin trop fragile pour porter autant de doutes.
On lui a appris la prudence avant même l’innocence,
À fermer la porte du cœur pour survivre aux absences.
Alors il a grandi vite, trop vite pour comprendre,
Que se protéger du monde, c’est parfois se perdre soi-même.
On a tous cru qu’en avançant on pourrait l’effacer,
Qu’en devenant plus fort on allait le faire taire.
Mais il revient quand la nuit enlève les masques,
Quand les pensées font du bruit et que l’âme se fracasse.
Il dit pas « pourquoi t’as fui », il demande pas justice,
Il dit juste : « J’ai fait de mon mieux avec ce que j’avais ici ».
Et là tu comprends que la colère était mal placée,
Que t’as passé ta vie à te battre contre ta propre vérité.
On a porté la honte comme un manteau trop lourd,
Même en plein été, même les jours d’amour.
On a repoussé les mains tendues par peur d’avoir besoin,
En appelant ça de la force, en appelant ça du destin.
Mais la fatigue s’accumule quand on fait semblant d’aller bien,
Quand on joue au solide avec un cœur en porcelaine.
On n’était pas froids, on était juste épuisés,
À force de retenir nos larmes pour pas déranger.
Un jour tu te regardes sans détourner les yeux,
Et tu vois pas un ennemi, tu vois un être courageux.
Quelqu’un qui a tenu debout sans mode d’emploi,
Qui a survécu à l’orage sans jamais renier sa foi.
La guérison c’est pas l’oubli, c’est l’acceptation,
C’est s’asseoir avec ses peurs sans demander pardon.
C’est dire au passé : « T’as pas gagné, mais t’as compté »,
Parce que sans lui, t’aurais jamais appris à aimer.
Alors tu laisses cette version de toi rester près de toi,
Plus comme un fardeau, mais comme une boussole parfois.
Elle te rappelle d’où tu viens quand tu doutes de demain,
Quand t’as l’impression d’avancer seul sur le chemin.
Tu comprends que survivre n’était pas une faiblesse,
Que tenir encore debout relevait du courage, pas de la chance.
Que chaque silence gardé était un cri contenu,
Et que même brisé, t’as toujours avancé nu.
La paix vient pas de la fuite ni du déni parfait,
Elle vient du moment où tu te dis : « J’ai le droit d’exister ».
Avec mes erreurs, mes silences, mes nuits sans sommeil,
Avec cette lumière fragile que j’appelle mon soleil.
On ne guérit pas en effaçant ce qu’on a été,
On guérit quand on ose enfin se regarder.
Et si ça fait mal encore, c’est pas un échec,
C’est juste la preuve que ton cœur est toujours en vie, intact.