Il y avait ce refus des miettes, de la routine, du presque rien,
Cette certitude des rois qui te dictait d'aller plus loin.
Tu voulais ton nom en haut de l’affiche, gravé en lettres d’or,
Persuadé de sortir du lot, d’avoir le monde qui t'envie encore.
On s'est construits sur les lignes de Kipling, à chercher la bonne conduite,
Quand tu réalises que t'es devenu ce daron que tu fuyais si vite.
C’est fou comme on se voyait géants au sommet de nos vies,
Regarde autour, on est des millions à partager le même sort aujourd'hui.
Mais baisse un peu les yeux, regarde la foule et accepte la main :
On est des millions de géants devenus de simples humains.
Refrain
On a tous la même mélancolie cachée sous nos sourires en coin,
On a tous cru qu’on méritait mieux, qu'on irait mille fois plus loin.
Mais regarde ce peuple de l'ombre, cette foule qui avance et qui s'étend :
On est ensemble dans la tempête, un bras tendu face au présent.
C’est grandiose d'être ordinaire, c’est magique d'être dans la moyenne,
Quand l'urgence douce te murmure que ta vie vaut bien qu'on s'y tienne.
Couplet 2
T’as troqué tes fureurs et tes révolutions contre un crédit sur vingt-cinq ans,
Et tu te prends pour un guerrier quand tu négocies le prix du divan.
Y a pas de statue à ton effigie sur la place du grand village,
Tu te bloques les lombaires en ramassant les débris de l'âge.
C’est au milieu de ce décor qu'on apprend enfin à grandir,
Sur chaque précepte le poète disait vrai, c'est comme ça qu'on évite de périr.
Regarde ta vie de profil, la gueule de ta cagnotte qui vacille,
Et ce quotidien qui s'effondre doucement sous le poids des broutilles.
Refrain
On a tous la même mélancolie cachée sous nos sourires en coin,
On a tous cru qu’on méritait mieux, qu'on irait mille fois plus loin.
Mais regarde ce peuple de l'ombre, cette foule qui avance et qui s'étend :
On est ensemble dans la tempête, un bras tendu face au présent.
C’est grandiose d'être ordinaire, c’est magique d'être dans la moyenne,
Quand l'urgence douce te murmure que ta vie vaut bien qu'on s'y tienne.
Pont
Mais les « si » de notre enfance ont pris une claque face au présent,
Aujourd'hui c'est « si seulement »… et on en rit, mais en pleurant.
Ton destin n'est pas mythologique, il est juste devenu logique,
Une fraternité des anonymes, une mélodie mélancolique.
Tu marches au milieu du monde sans plus jamais chercher les honneurs,
Le secret du vieux poète est là : rester maître de ses propres peurs.
Tu restes là, face au miroir, un peu perdu dans les ébauches,
Et tu souris d'un rire nerveux, simplement les mains dans les poches.
Outro
Pas le presque rien des autres, non, une nostalgie qui fait du bien.
On sourit de nos échecs, de nos ambitions en miettes sur le chemin.
Le grand froid des sommets laisse place à l'abri,
On a perdu la gloire mais on a gagné la vie.
Pas besoin de conquérir le monde, mon fils : tu es un homme, et ça suffit