Treize juin deux mille vingt-trois.
Le ciel a refermé sur toi sa grande porte de silence,
et depuis, il manque un bruit au monde :
celui de ton rire lancé comme un défi à la fatalité.
Tu n’étais pas un homme de demi-mesure.
Tu étais de ceux qui vivent debout,
le regard franc, la parole sans muselière,
le poing prompt quand l’injustice montrait les dents,
le cœur plus vaste encore que les colères qu’il abritait.
Punk jusqu’à l’âme,
irrévérencieux devant les puissants,
insolent face aux certitudes,
insoumis aux règles écrites par les autres,
tu portais ta liberté comme une bannière déchirée
que nul vent n’aurait su abattre.
Tu aimais les tablées bruyantes,
les nuits trop longues,
les verres levés à l’amitié,
les ripailles où l’on refaisait le monde
avec plus de passion que de sagesse.
Et pourtant, sous l’écorce rugueuse,
il y avait cette générosité rare
que seuls connaissaient vraiment ceux qui t’approchaient.
Car derrière le bagarreur,
derrière la grande gueule et les provocations,
vivait un homme capable d’aimer sans compter.
Un homme dont le cœur était assez vaste
pour accueillir les siens, les perdus, les cabossés,
tous ceux que la vie avait placés sur sa route.
Combien ont trouvé auprès de toi
une épaule, une écoute, un secours discret ?
Combien ont reçu de ta main ouverte
ce que tu refusais parfois de t’accorder à toi-même ?
Tu donnais sans compter,
comme si le temps était infini.
Mais le temps a triché.
Il t’a emporté trop tôt,
avant que les chansons soient terminées,
avant que les derniers verres soient servis,
avant que ceux qui t’aimaient aient pu se préparer
à l’absence immense que tu allais laisser.
Aujourd’hui encore, ton souvenir marche parmi nous.
Dans les éclats de rire qui refusent de mourir,
dans les colères justes,
dans les amitiés fidèles,
dans chaque refus de courber l’échine.
Tu n’étais pas un saint.
Tu n’aurais d’ailleurs jamais voulu l’être.
Tu étais mieux que cela :
un homme vrai, entier, imparfait, vivant,
un frère de route au cœur immense,
capable d’aimer avec la même intensité
que celle avec laquelle il défiait le monde.
Alors nous ne te pleurons pas seulement.
Nous te saluons.
À toi, l’ami bagarreur et tendre,
le rebelle et le généreux,
le ripailleur, l’insoumis, l’inoubliable.
Que les étoiles résonnent désormais
de tes éclats de voix et de tes chansons.
Et que là où tu es,
quelque part au-delà des frontières du temps,
tu continues de rire de tout,
surtout de la mort qui croyait t’avoir vaincu.
Car tant qu’un seul de tes amis prononcera ton nom,
tant qu’un souvenir de toi fera lever un verre ou sourire un cœur,
tu ne seras jamais tout à fait parti. À toi mon frère mon ami tombé trop tôt,
ce treize juin deux mille vingt-trois .
À notre ami libre.
Libre hier, libre aujourd’hui, libre pour toujours.