C'était un soir de février
Quand le monde a changé de couleur
J'ai perdu la moitié de moi
Mon père et Mathieu sont venus ce soir-là
Deux hommes debout dans le chagrin
M'ont tenu sans dire grand-chose, juste la main
Parfois les mots ne servent à rien
Et leur silence était le plus beau des chemins
Puis le corps a commencé à parler
D'une voix que j'aurais voulu faire taire
La maladie s'est installée
Comme un hiver qu'on n'a pas demandé
Je me suis battu sans faire de bruit
Sans montrer les nuits où je perdais pied
Parce qu'un homme qui souffre tout seul
Apprend vite à sourire quand il a trop mal
Éléonore, Fleur, Aurélie
Vous êtes les sœurs que la vie m'a données
Même si le sang n'est pas le même
C'est le cœur qui fait qu'on s'aime
Mathieu, mon frère, adopté comme moi
Deux garçons choisis, mais vrais jusqu'au fond
Et les bras qu'on n'a pas tendus
Font plus mal que les mots qu'on a pas dit
Ils sont partis sans me le dire
Un voyage, des rires, des souvenirs
Et quand j'ai demandé pourquoi
On m'a répondu, c'est à cause de toi
Ta maladie, c'était l'excuse trouvée
Pour ne pas avoir à m'inviter
Comme si être malade était une faute
Comme si souffrir méritait d'être en faute
Et dans cette famille qui est la mienne
Il y a une place que personne ne tient
Celle du dernier à savoir
Celui qu'on oublie sans le vouloir
Les nouvelles arrivent après les autres
Les invitations passent sans moi, presque
Et je fais semblant que ça va, que c'est rien
Mais ça use un homme, ce vide qui revient
Éléonore, Flore, Aurélie
Vous êtes les sœurs que la vie m'a données
Même si le sang n'est pas le même
C'est le cœur qui fait qu'on s'aime
Mathieu, mon frère, adopté comme moi
Deux garçons choisis, mais vrais jusqu'au fond
Et les bras qu'on n'a pas tendus
Font plus mal que les mots qu'on a pas dits
On nous a choisis, Mathieu et moi
Dans un monde où d'autres nous ont ouvert les bras
Cette famille-là, je l'ai faite mienne
Même quand la distance revient
J'ai tout construit avec mes deux mains
Un métier, des rêves, un lendemain
Le Covid a tout emporté aussi
Mais je me suis relevé, encore, encore, encore, et puis
La maladie ça isole déjà
Mais quand c'est ta famille qui s'éloigne en plus
T'as beau être fort, t'as beau tenir là
Y'a des soirs où tu sais plus pourquoi tu luttes
J'apprends les choses par hasard
Toujours un temps de retard
Une photo, un voyage, une fête
Dont personne n'a pensé à me mettre
Et je me demande parfois
Si je compte vraiment pour eux
Ou si je suis juste là
Quand ça arrange un peu
Mon père est venu cette nuit-là
Quand j'avais plus rien, il était là
Et j'ai compris ce soir-là
Que la famille ça se prouve pas
Ça se montre
Juste ça
Éléonore, si tu m'entends ce soir
Pose les distances, tends-moi tes bras
J'ai pas choisi d'être malade, tu sais
J'ai pas choisi de souffrir comme ça
Fleur, Aurélie,Éléonore, papa, maman
On est une famille, même cabossée, même un peu
Et les bras qu'on n'a pas encore tendus
Il est pas trop tard pour les ouvrir un peu
Préviens-moi la prochaine fois…