Le silence ici n'est pas vide, il est rempli de toi,
Il a la forme de tes pas, le poids de ton absence sous mon toit.
Je commence par ton nom, comme on ouvre une porte condamnée,
Eloane, six lettres pour résumer des années entières à t'attendre, à te guetter.
C’est un prénom qui chante, qui glisse entre mes dents de lierre,
Une mélodie de soie dans une gorge de pierre.
Je me rappelle le premier jour, la lumière était rousse,
Tu marchais sur le monde avec une grâce de mousse,
Sans faire de bruit, sans savoir que tu brisais mes certitudes,
Tu as balayé d'un geste mes siècles de solitude.
Est-ce que tu savais, Eloane, en tournant ce regard vers moi,
Que tu venais de graver ton empreinte au fer rouge sous ma peau de soie ?
Je n'étais qu'un homme de passage, un courant d'air dans la ville,
Mais tes yeux étaient des ancres, et mon cœur un fil fragile.
On dit que les sentiments naissent, je crois qu'ils explosent,
Comme une étoile mourante qui dans le noir se métamorphose.
Tu portais ce parfum de pluie et de bois de santal,
Un mélange sacré, un vertige vital.
Chaque syllabe de ton nom est une prière que je récite,
Une géographie secrète que mon âme visite.
Eloane, tu es l’encre de mes veines, le sang de mes pages,
Le phare immobile au milieu des naufrages.
Je t’écris des milliers de mots pour ne pas mourir de froid,
Parce que l’univers est trop vaste s’il n’y a plus de « toi ».
Eloane, de l’alpha à l’oméga de mes nuits blanches,
Je suis l’arbre qui tremble et tu es la branche.
Si je devais décrire chaque millimètre de ta peau,
Il me faudrait des bibles, des parchemins en troupeaux.
Commençons par ce pli, au coin de ton œil gauche quand tu ris,
C’est là que je logerais mes rêves si le ciel devenait gris.
Il y a cette petite cicatrice, un secret près de ton oreille,
Le vestige d’une enfance où tu n'avais pas de pareille.
Tes mains, Eloane, parlons de tes mains qui parlent pour toi,
Elles dessinent dans le vide des promesses et des lois.
Quand tu touches un objet, tu lui donnes une âme,
Tu transformes la glace en une douce flamme.
Je me souviens de nos marches, les pavés résonnaient,
On ne disait rien, mais nos ombres se téléphonaient.
Tu avais cette façon de pencher la tête, un peu de côté,
Comme pour écouter des anges que j’étais seul à redouter.
T'aimer, c'est un travail de titan, une tâche infinie,
C'est essayer de vider l'océan avec une poésie.
J'ai compté les battements de ton cœur contre mon épaule,
Chacun d'eux était un nord, et j'ai perdu mes pôles.
Eloane, tu n'es pas une femme, tu es une météo,
Un ouragan de douceur, un éclair de brio.
Est-ce que tu te souviens de ce café, au bord de la place ?
Le temps s'était figé, la buée sur la glace
Dessinait des cœurs maladroits que tu effaçais du doigt,
Tandis que moi, je buvais tes paroles, j'étais ivre de toi.
On a parlé de tout, de rien, des étoiles de mer,
De la peur de vieillir, de la saveur de l'amer.
Tu as dit que la vie était un voyage sans billet de retour.