Choisir, c’est accepter de voir mourir des mondes.
Chaque "Oui" prononcé enterre mille espoirs.
On marche sur un fil, et dans l'ombre profonde,
Hantent les "Moi" fantômes aux reflets de miroirs.
Celui que j'aurais pu être est une ombre vaine,
Un exilé de l'être, un frère jamais né,
Car le chemin pris s'inscrit dans chaque veine,
Et l'on ne reprend pas ce qu'on a donné.
Mais le plus lourd fardeau est le regard de l'autre.
Cette prison de verre où l'on reste figé.
Tu as grandi, changé, tu es devenu apôtre,
Mais pour eux, dans le mal, tu restes inchangé.
Ils gardent ton portrait dans une chambre close,
Une image ternie, un masque de dédain,
Ignorant que l'épine est devenue une rose,
Qu'un homme nouveau marche au bout de ton chemin.
Tu ne peux pas forcer la mise à jour des âmes,
Ni brûler les archives de leurs cœurs fermés.
Laisse-les contempler tes anciennes flammes,
Puisque tu es le seul par toi-même nommé.
Le fleuve ne remonte jamais vers sa source,
Il emporte avec lui le limon et l'oubli.
Mais s'il ne peut changer l'élan de sa course,
Il choisit l'océan où il sera fini.