La ville dort mais mes démons restent réveillés.
Verre plein, regard vide, j’traînais mon âme dans la fumée comme un fantôme sous néons.
Musique trop forte pour entendre mes pensées, alors j’augmentais encore le poison.
Whisky dans le sang, cœur gelé, sourire fake pour les frères autour de moi.
J’faisais semblant d’être invincible, comme dans ces clips américains où personne pleure jamais.
Mais cette nuit-là, quelque chose s’est fissuré.
L’appart vibrait sous les basses, la table débordait de bouteilles, de cendres, de regrets maquillés en fête.
J’ai tiré sur ce joint comme si j’voulais brûler mes souvenirs avec.
Puis le silence.
Pas autour de moi.
Dans ma tête.
Comme si le monde reculait d’un coup.
Les voix devenaient lointaines.
Les lumières frappaient mes yeux comme des gyrophares.
Et là, j’me suis vu pour de vrai.
Pas le masque.
Pas le mec drôle qui tient l’alcool.
Pas celui qui dit “t’inquiète, je gère”.
Non.
Le vrai moi.
Un type perdu qui noie ses peurs dans des verres trop remplis.
Un mec qui fuit ses pensées depuis des années avec des nuits sans fin.
J’me regardais de l’extérieur comme un inconnu détruit lentement par ses habitudes.
Chaque gorgée avait le goût d’un abandon.
Chaque taf ressemblait à un appel au secours silencieux.
J’me rappelle avoir fixé le plafond pendant des heures.
Le cœur cognait comme une 808 dans ma poitrine.
Impossible de bouger.
Impossible de mentir encore.
Le cannabis a ouvert une porte mentale que l’alcool gardait fermée depuis longtemps.
Et derrière cette porte y’avait toute ma vérité.
J’ai repensé à toutes les soirées oubliées.
Aux réveils avec la honte collée au visage.
Aux messages supprimés.
Aux promesses jamais tenues.
À cette fatigue permanente que je maquillais avec des rires.
J’étais fatigué de courir après une version de moi qui n’existait même plus.
Cette nuit-là, j’ai compris que l’alcool n’était plus une distraction.
C’était devenu une prison élégante.
Une lente autodestruction applaudie par les gens autour.
Parce qu’on célèbre toujours celui qui tombe tant qu’il tombe en rythme.
Depuis, j’regarde les bouteilles différemment.
J’vois plus la fête.
J’vois le vide derrière les étiquettes brillantes.
J’vois le bruit qu’on crée pour éviter le silence.
Et moi, dans ce silence, j’ai enfin entendu quelque chose d’honnête.
J’suis pas devenu un saint.
J’ai encore des nuits sombres et des pensées qui tournent.
Mais maintenant je sais pourquoi je buvais.
Et ça… c’est le genre de vérité qui change un homme.
Les vrais combats se passent rarement dans la rue.
Ils arrivent à trois heures du matin, quand la musique s’éteint et que t’es seul face à toi-même.