Aujourd’hui, ils se disent rationnels.
Les yeux rivés sur des chiffres,
Les âmes cousues dans du réel.
Ils ne croient qu’à ce qu’ils touchent,
Qu’à ce qui tombe sous la main,
Mais la main, elle, finit par se taire.
Ils veulent vivre sans mystère,
Mais mourir sans lumière.
Ils construisent des tours d’acier,
Pour s’abriter du silence des cieux.
La foi ? Une faiblesse d’autrefois.
L’espérance ? Un code obsolète qu’on efface.
Alors ils marchent, froids,
Vers la perfection des machines.
Et quand viendra la fin,
Ils auront laissé derrière eux des traces,
Des algorithmes sans âme,
Des prières sans voix,
Des enfants sans passé.
Regarde-les, les nouveaux prêtres.
Leur encens sent le chlore et le chrome.
Ils prient dans des labos sans croix,
Cherchent à purifier l’homme.
Ils parlent d’un salut chimique,
D’un Eden sans anges, sans miracles.
Ils veulent guérir, sans aimer.
Vivre toujours, sans exister.
Dans leurs yeux, une flamme froide,
Le feu glacé du savoir dur.
Plus de mystère, plus de pourquoi,
Seulement des réponses sûres.
Mais la certitude est une prison,
Et chaque vérité un mur.
Alors je demande, doucement :
Si tout s’éteint, pourquoi rester pur ?
L’homme n’est plus qu’une équation,
Un amas de neurones qu’on répare.
La conscience ? Simple illusion,
Le cœur ? Une pompe, rien de plus rare.
Il se croit libre,
Mais il obéit.
Aux gènes, aux flux, aux algorithmes,
Aux maîtres invisibles du progrès.
Il découpe la foi comme une tumeur,
Il désinfecte le mystère.
Il dit : « Dieu n’est plus nécessaire »,
Mais son vide parle à sa place.
Et dans ce vide, il se regarde,
Comme un miroir sans reflet.
La machine le contemple,
Et murmure : « À quoi bon créer ? »
Ils ont leurs tables de lois.
Pas gravées sur la pierre,
Mais sur des serveurs froids.
Leurs psaumes sont des protocoles,
Leur foi, la preuve reproductible.
Ils traquent les biais,
Les illusions, les rêves.
Ils purifient la pensée,
Comme d’autres purifiaient les âmes.
Leur catéchisme tient en huit versets :
Ne crois pas, vérifie.
Ne ressens pas, mesure.
Ne prie pas, argumente.
Ne doute pas de ton doute.
Ils sauvent les esprits perdus
En les dépouillant de leur ciel.
Mais parfois, la nuit,
Quand la raison dort,
Leur cœur se souvient qu’il bat.
Et qu’il ne sait pas pourquoi.
On les a vus rêver d’immortalité.
Ils voulaient l’éternité sans prière,
Un paradis branché sur secteur,
Un monde où l’homme se réparerait lui-même.
Ils ont gommé le genre, la tendresse,
Les mots : amour, fragilité,
Jugés trop lents, trop démodés.
Puis ils ont créé l’homme nouveau,
Sans dieux, sans pleurs, sans ciel.