(Couplet 1 : Le choc du silence)
J’avais le cuir tanné par le gel et les vents d’est
Sur les chantiers, c’est moi qui portais la veste
Un mot de ma part et les machines s’arrêtaient
J’étais le pilier, celui sur qui tout reposait.
Maintenant, mon royaume tient dans cinquante mètres carrés
Mes mains sont trop calmes, elles ne savent plus quoi porter
Le téléphone ne sonne plus pour demander un conseil
Je découvre l’ombre après des années de plein soleil.
(Refrain : Le déni du corps)
Je me dis que c’est une pause, un simple arrêt technique
Que mon dos va se réparer, que c’est juste mécanique
Mais l’invalidité, c’est un mot qui ne me ressemble pas
Je marche dans ma tête alors que je ne bouge plus d’un pas.
Je regarde mes bottes sales qui dorment dans le couloir
Et je fais semblant d’attendre demain pour ne pas voir le noir.
(Le Pont : L’explosion du déni)
C’est pas moi ce type assis, ce retraité forcé !
J’ai encore le feu dedans, j’ai pas fini de tracer !
Arrêtez de me regarder comme une épave sur le flanc
Je suis pas un dossier, je suis pas un chiffre en blanc !
Je donnerais tout, mes jours, mes nuits et mon sang
Pour une heure de fatigue, une vraie, celle d’avant...
Mais le cri reste au fond, je me rassoie en tremblant.
(Couplet 3 : La rouille et le regard)
C’est pas juste une fatigue, c’est la carcasse qui grince
Chaque mouvement est un étau, une morsure de pince
Le dos verrouillé comme une porte dont j’ai perdu la clé
Mon corps a pris les coups que mon orgueil a cachés.
Et puis y’a les "amis", ceux qui demandent : "Alors, tu fais quoi ?"
Et le silence qui s’installe quand je n’ai plus d’éclats.
Je vois dans leurs yeux cette pitié qui me dégoûte
Comme si j’avais quitté le monde, comme si j’étais en déroute.
On me parle de loisirs, de jardin ou de télé
Alors que j’étais le chef, celui qui faisait l’été
Je suis devenu invisible aux terrasses du café
Un homme "en invalidité", un homme déjà effacé.
(Refrain Final : La chute)
Je me dis que c’est une pause, un simple arrêt technique
Que mon dos va se réparer, que c’est juste mécanique
Mais l’invalidité, c’est un mot qui ne me ressemble pas
Je marche dans ma tête alors que je ne bouge plus d’un pas.
Je regarde mes bottes sales qui dorment dans le couloir
Et je ne fais même plus semblant... je commence à voir le noir.
(Outro : Le constat)
C’est drôle, le ciel est le même qu'avant.
Mais je n'ai plus le droit de l'affronter.
Le plus dur, ce n'est pas le dos qui lâche...
C'est le silence de ceux qui ne m'appellent plus "Chef".
Juste un nom.
Juste un homme.
Juste... rien.