Les mâles aimé
(Couplet 1)
Dans la penumbra des tours, je guette l'horizon de fer,
Un gamin du bitume qui veut sortir de l'enfer.
Mon CV c'est la rue, mon bureau c'est le hall,
J'ai troqué mes rêves de môme contre un sale rôle.
Je traque le papier vert, la maille, le bénéfice,
Pour que la daronne n'ait plus jamais de fins de mois au supplice.
Toujours une main tendue pour le voisin en galère,
Le grand frère du quartier, celui qui calme les colères,
Mais sous mon blouson noir, le métal est glacé,
Parce qu'ici, si tu baisses la garde, t'es vite effacé.
(Refrain)
Mal-aimé, je suis le mal-aimé,
Les sirènes hurlent mon nom dans la cité.
Mal-aimé, je suis le mal-aimé,
Seul face au béton, le cœur enchaîné.
(Couplet 2)
J'attends les berlines blindées, les convois du silence,
Pour ravitailler les nourrices, charger la délivrance.
L'État lance ses "Places Nettes", ses troupes en opération,
Mais mon ambition dépasse les grilles de la détention.
Je regarde plus haut que le sommet des bâtiments,
Je défie les stups, leurs caméras et leurs tourments.
Ils me voient comme un loup, un danger, une menace,
Moi je vois juste un homme qui veut changer de classe.
Toujours méfiant, l'œil vif, je marche avec le fer,
Parce que la paix ici a le goût amer de la guerre.
(Refrain)
Mal-aimé, je suis le mal-aimé,
Les gyrophares dansent sur les murs de l'été.
Mal-aimé, je suis le mal-aimé,
Condamné par le monde avant d'avoir aimé.
(Refrain)
Le ciel s'allume en bleu, c'est pas l'aube, c'est l'orage,
Les fourgons s'alignent, ils veulent briser le grillage.
Opé "Place Nette", les drones slaloment entre les balcons,
Ils cherchent le stock, ils veulent nous mettre au fond.
Mais on connaît chaque dalle, chaque cave, chaque issue,
On est les fantômes d'un système qui nous a déçus.
Ils défoncent des portes, ils font briller les écussons,
Pendant que je compte les risques, caché dans la décompression.
L'État fait sa com', mais moi je fais mon chiffre,
Entre leurs lois et mes lois, c'est le destin qui gifle.
Même si le quartier est sous cloche, je vois au-delà,
Leur béton est étroit, mais mon empire est déjà là.
(Refrain)
Mal-aimés, on est les mal-aimés,
Mais entre nous, le sang est lié.
On partage le pain, on partage les coups,
Si l'un de nous tombe, on reste debout.
Pour mes frères de galère, je donnerais ma vie,
On est une famille face à leurs mépris.
Mal-aimés, mais jamais divisés.
(Pont)
On m'appelle le bandit, le dealer, le voyou,
Mais j'ai nourri des familles quand ils s'en foutaient de nous.
Entre le code d'honneur et la peur de la chute,
Je reste debout, fier, au milieu de la lutte.
(Refrain final)
Mal-aimé, je suis le mal-aimé,
Toujours prêt à partir, jamais à m'incliner.
Mal-aimé, je suis le mal-aimé,
Mon nom sur le bitume, à jamais gravé.
Je marche seul sous les néons, la main sur le métal,
J'ai gravi les étages, mais l'air est devenu glacial.
J'ai rempli les frigos, j'ai protégé les miens,
Mais au bout de la route, qu'est-ce qu'il me reste dans les mains